De chaque coté de l’assiette, tant d’interdépendance!

Après deux jours de conférences, débats, autour « des chefs s’engagent pour le climat »  (avec l’association Bon Pour le Climat), un week-end du Salon du Goût avec Terra Madre Slow Food réunissant producteurs, paysans, cuisiniers, épiciers et passionnés du monde pour une alimentation « saine, juste et propre », une conférence sur l’agroécologie avec les Fermes d’Avenir et enfin, l’actualité du ”vrai / faux” procès contre Monsanto… il en existe des portes d’entrées pour tenter des éclairages sur un premier élément de la terre à l’assiette !

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Les axes pour défricher les enjeux de « nourrir la planète » face au réchauffement climatique sont multiples, mais si riches ! (nous les aborderons différemment dans d’autres articles): entre l’agriculture et ses pratiques (agriculture paysanne, « chasseurs-cueilleurs », agroécologie, préservation des sols et des semences… ), les cuisiniers et leur réel rôle de messagers (pour des repas locaux, savoureux, justes et moins consommateurs d’energie), le gaspillage alimentaire qui nous concerne tous (de la terre à nos cuisines), ou encore l’usage de l’énergie dans tout ce système alimentaire !

Agir par l’agriculture, la terre…

Peut être est-il bon de reprendre quelques mots de Bruno Parmentier[1], en ces jours où les géants de la chimie et des semences et pesticides fusionnent (!)[2] : «L’agriculture est bien le seul domaine à être trois fois concerné face au réchauffement climatique». Elle est à la fois la victime, la cause et celle qui peut sauver. Brièvement, de quelle manière ?

Victimes ? Ce sont bien d’abord les paysans les premiers concernés, ceux qui dépendent directement des conditions climatiques, du soleil, de la pluie…

Agriculture, cause du changement climatique ?  Oui, (en partie) de la terre à l’assiette, le cumul des gaz à effet de serre provoqué par l’agriculture est bien là : CO2 (du au transport, à l’alimentation animale…), méthane (de nos chers ruminants !), protoxyde d’azote (issu des engrais chimiques…). C’est ainsi qu’à elle seule, l’agriculture représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre en France, faisant se placer le secteur en 3e position derrière les transports et l’industrie (sans compter le transport de produits agricoles et la fabrication d’engrais)[3].

Mais heureusement, c’est aussi par le biais de l’agriculture (et de notre alimentation) que nous avons un des plus grands pouvoir d’agir !

Ne faudrait-il d’ailleurs pas commencer par revenir au sol, là où « tout démarre »?!  Au centre de l’activité agricole, le sol qui stocke le carbone de l’air, ne demande qu’à être protégé et alimenté sainement lui aussi. Le sol, ce vrai ‘or brun’ qui nous nourri et nourrira toujours nos prochains. Cela passe donc par des alternatives à l’agriculture chimique actuelle -énergivore, couteuse et polluante-. C’est bien ce que visent des méthodes comme l’agroécologie et/ou l’agroforesterie (qui intègre la forêt à l’agriculture – article à venir !), riches par les « multifonctionnalités » de chaque élément (arbres, plantes, organisations…).

SAMSUNG CAMERA PICTURESL’agroforesterie par exemple remet l’arbre au cœur des systèmes: non seulement ils enrichissent le sol, fixent l’azote (permettant ainsi l’usage de moins de fertilisants chimiques !), mais ils sont aussi de vrais habitats naturels pour les insectes et oiseaux, ils servent de support pour la biodiversité et permettent d’éviter l’érosion des sols [4]… Quant à l’agroécologie ? Elle vise également entre autre la réduction du labour des sols, l’application de couverture permanente pour protéger les sols, éviter l’érosion et favoriser un sol plus frais grâce à moins d’évaporation.

Réduire le travail des sols en labourant moins,  c’est aussi favoriser les légumineuses (tous ces légumes secs, lentilles, pois, haricots, fèves…) et les remettre (par la même occasion !) au cœur de nos régimes alimentaires ! Non seulement, très bonnes pour le sol car elles viennent l’enrichir en azote ce qui permet de nourrir les plantes installées à proximité, elles remplacent aussi l’apport d’engrais. Mais les légumineuses, ce sont aussi et avant tout pleins d’atouts dans nos assiettes ! D’ailleurs, l’Amérique Latine et l’Afrique ont bien des exemples à nous donner. Alors, entre tous ces bienfaits environnementaux et nutritionnels (pleins de nutriments !) et pour la richesse de leurs variétés (pois chiches, haricots secs, fèves, féveroles, petits pois…), commençons peut être par resemer haricots, cocos, pois et à manger des lentilles de chez nous ?!

[1] Auteur entre autre de Nourrir l’humanité, paru en 2007. Son site web : http://s365327531.onlinehome.fr/

[2] José Bové à TerraMadre : « Ils sont des géants, mais nous sommes des millions »

[3] Source : Agriculture, effet de serre et changements climatiques en France RAC,2005

[4] Pour info: l’érosion c’est en fait la dégradation des sols par les pluies, vents, le climat et par l’action de l’homme et le travail mécanisé du sol

Des inspirations :

Quelques femmes et hommes inspirants …

  • Bruno Parmentier « Pour imaginer ensemble l’agriculture et l’alimentation de demain ». Son site web : http://s365327531.onlinehome.fr/
  • Marc Dufumier, Ingénieur agronome qui prône un changement radical de nos systèmes de production agricole, au Nord comme au Sud, pour pouvoir nourrir correctement et durablement l’humanité.
  • Olivier Roellinger, un « cuisinier du monde » venu de Cancale, il s’engage dans une cuisine créative et responsable et met au cœur de son travail les « chasseurs cueilleurs d’épices ». Son site : http://www.olivier-roellinger.com/?page=or_engagement
  • Mathieu Calame (ma découverte !) Agronome il s’intéresse à la dimension internationale de la question agricole, à l’articulation entre agronomie et gouvernance de l’agriculture.
  • Et bien sur : Vandana Shiva !

A (re)découvrir :

  • Le Projet des Fermes d’Avenir qui s’engage pour l’agroécologie et la permaculture
  • Un documentaire : Cowspiracy : qui se penche sur l’impact de l’élevage sur l’environnement
  • Scénario Afterre 2050 par le Réseau Action Climat (RAC)
  • Un dossier : Les légumes secs, quelles initiatives territoriales ? par Solagro et RAC , 2016